Dénomination de l’œuvre :
NOUVELLE HALLE AU POISSON Maître de l’ouvrage : ONP
Superficie du terrain : 20 000 m2
Situation : Port de Nador
Zone : Urbaine

Superficie couverte : 2500 m2
Nombre d’étage : RDC + 1 étage
Destination de l’œuvre :
Vente aux enchères de poisson
Coût global de l’œuvre : 30 MDh
Date de démarrage des travaux : Juin 1999
Date de fin des travaux :
Octobre 2001

PRESSE

   
   

  UN PROJET-PILOTE HIGH-TECH                                                   La halle aux poissons de Nador 

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Architecture du Maroc, Avril-Mai 2002. AM 5
Par Mounia El Fares, Architecte. 

Le port de Nador est une porte incontournable de la façade méditerranéenne de Maroc et un atout important du développement de la Région Orientale. Conscient de cette situation, l’Office National des pêches a entrepris la construction d’une halle qui répond aux normes d’hygiène et d’organisation internationales. C’est donc dans le cadre de la mise à niveau du secteur maritime national que le projet-pilote s’inscrit. La halle de Nador est un bâtiment industriel à la fois fonctionnel et complexe dont le concept est encore inédit au Maroc.. La généralisation de ces marchés de poissons sophistiqués à l’ensemble de la côte marocaine encore attachée aux traditions est-elle envisageables ?  

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Dénomination de l’œuvre : NOUVELLE HALLE AU POISSON
Maître de l’ouvrage : O.N.P.
Architecte : Mohammed OUASSINI
Bureau d’étude  : OMNIUM Technologique
Assistance à la maîtrise d’ouvrage : Agro-marchés
Gros œuvres : GTC Amine
Climatisation et panneaux isothermiques : Systherme
Electricité : SORALEC
Aluminium et bardage : ALUFACADE
Bureau de contrôle : SOCOTEC
Superficie du terrain : 20 000 m²
Situation : Port de Nador
Zone : Urbaine
Superficie couverte : 2 500 m²
Nombre d’étages : RDC+ 1 étage
Destination de l’œuvre : Vente aux enchères de poissons
Coût global de l’œuvre : 30 MDH
Date de démarrage des travaux : Juin 1999
Date de fin de travaux : Octobre 2001

 Portrait de l’Architecte : Mohammed OUASSINI

Mohammed OUASSINI est un jeune architecte, Tangerois d’origine, né le 07/08/1961. En 1996, il crée son agence d’architecture, de décoration et d’urbanisme après des études à l’institut supérieur d’architecture Victor Horta, Université libre de Bruxelles. Il résume le travail au sein de son cabinet en disant :

« Base de tout développement, l’Homme est plus que jamais l’objet même de la création architecturale. Celle-ci doit lui donner les moyens de jouer son rôle central dans la définition et la mise en œuvre de solutions destinées à le mettre à niveau par rapport à la mondialisation. Conscient de ce rôle que doit jouer l’architecture, notre cabinet mobilise toutes ses énergies afin d’atteindre cet objectif. Aussi, nous sommes à même de vous offrir les moyens d’une telle ambition. Nous croyons sincèrement fléchir la tentation du kitch et la médiocrité, en faveur de projets ambitieux qui ne lésinent pas sur l’effort, le travail soigné, la compétence de notre réputation équipe et les exigences qui sont les nôtres. C’est au prix de tels efforts que nous devons notre réputation, couronnée par l’obtention du Grand prix d’Architecture du Maroc 2000. »

Avant l’ouverture de son cabinet, Mohammed OUASSINI ne manquera pas de forger son expérience professionnelle comme architecte dans de grandes agences à Bruxelles avant de devenir chef de projet à la Société Nationale d’Equipement et de Construction (SNEC) de 1994 à 1996.

Ses réalisations et ses références au Maroc et en Belgique mettront souvent en scène créativité, ambition, rigueur et efficacité. Que ce soit dans le cadre du secteur privé ou public, il ira toujours de l’avant pour proposer des bâtiments qui s’inscrivent dans la modernité.

La halle aux poissons de Nador est un corps de bâtiment parallélépipédique à la silhouette longitudinale bien marquée. Ancré à la mer par un quai de 7 mètres de largeur, la halle est bercée par le souffle du vent marin et le ressac des vagues. L’implantation a été réfléchie pour approcher le marché au plus prés de la mer. Les armateurs accostent sur l’arrière de la halle. Au moyen de grues, le poisson est monté sur le quai puis acheminé vers le bâtiment.

L’enveloppe extérieure  est constituée de trois types de revêtements. D’abord un soubassement de carreaux céramiques blancs et bleus, ensuite une peau d’une blancheur laiteuse et finalement un bardage avec des lames de métal bleu, traité à l’antirouille, posé à l’horizontal. Le système de revêtement s’applique aux trois façades du bâtiment, hormis sur la façade latérale droite entièrement habillée en bardage métallique bleu. En partie haute, une succession de fenêtres rythment les façades. Quant à la façade principale, elle offre un pan de mur-rideau avec une entrée destinée au public.

 

Dans la conception  de son bâtiment, Mohammed OUASSINI a mis en scène un modèle fonctionnel dont le principe fondateur est dissociation des flux : séparation du circuit humain et du cheminement des poissons, circuit obligatoire et à sens unique selon le principe dit de « la marche en avant ». En effet, la circulation commence à l’entrée principale pour finir à l’aile droite du bâtiment. La configuration intérieure du volume est scindée en 5 grandes parties :

  •      L’accueil qui fonctionne comme une banque. Les acheteurs accèdent de l’entrée principale, débouchent sur un hall, se dirigent vers le caissier pour faire un dépôt de caution. L’argent est mis à la disposition du client dans un compte personnel pour être débité au fur et à mesure des achats.

  •  Une zone dite de service annexe où la capture de chaque armateur est transportée par les employés de l’ONP sur des chariots. Par des portes sectionnées et pliantes le poisson est acheminé vers un sas de pesée et de tri. Les données sont enregistrées puis dispatchées à travers un système informatique en réseau. D’autres services parallèles viennent se greffer à cette zone : la préparation et le nettoyage du poisson pour les restaurateurs, la fabrique de glace, un service vétérinaire pour le contrôle de la qualité …

  •    La partie principale de la halle abrite la Criée, ouverte dès 05h00. une estrade centrale constitue  la moelle épinière de l’espace. C’est une plate-forme avec des stationnements en gradins où les acheteurs n’ont théoriquement qu’un contact visuel de 4 à 5 mètres avec la  marée. Le poisson est en étalage sur un plan inférieur, des espaces sont affectés à chaque armateur. L’espace est entièrement  clos et seuls des caissons fluorescents diffusent du plafond, de larges faisceaux de lumière. Irrévocablement, la température de l’espace ne doit pas dépasser 12°C. l’Architecte a du intégré dans sa conception des normes particulières telles que : étage d’aération, climatisation et panneaux sandwich en revêtement intérieur du volume.

  •  L’aire de livraison est directement connectée au parking camion où s’effectue le chargement du poisson acheté.

  •   L’administration, prévue à l’étage, est occupée par les responsables et les employés de l’O.N.P. qui gèrent en exclusivité tous les services de la halle. Les bureaux ont des vues imprenables sur la mer.

 

L’aspect environnementale est essentiel dans ce type de construction. Les eaux de lavage récupérées seront traitées dans des bacs de décantation. Pour les eaux-vannes, une petite station d’épuration est prévue pour l’équivalent d’une cinquantaine de personnes.

L’esprit de la nouvelle halle est de créer un support architectural modèle à même d’intégrer toutes les normes internationales et les technologies importées. Dans sa recherche d’un langage esthétique qui s’inscrit dans une volonté de mondialisation, l’Architecte a réussi son pari. Le projet dégage une image visuelle forte et évocatrice d’une maîtrise technologique qui peut s’exporter facilement et où la commercialisation du poisson s’effectue dans les meilleures conditions de manipulation et dans le maintien de la qualité.

Les recommandations de l’O.N.P. dans le cadre du Schéma Directeur de la Commercialisation des produits de la mer ont été suivies à la lettre pour donner naissance à cette première expérience. La situation du port choisi est certes privilégiée, la façade méditerranéenne est stratégique par rapport à l’Europe. De plus, Nador représente « le Texas marocain » où l’investissement est généralement porteur. La création de la nouvelle halle de poissons à Nador est sans doute légitime.

Cela dit l’ambition de l’O.N.P. est grande. L’Office National vise à généraliser ces normes internationales sophistiquées à tous les ports du Maroc. La réalisation de l’objectif est peut-être utopique. Il  l’est d’autant plus que le coût d’investissement d’une halle, à technologie semblable et répondant à toutes les exigences normatives, se chiffre en plusieurs dizaines de millions de Dirhams.

Une réflexion sur les spécificités de notre pays a - t’elle été menée ? il ne faut pas oublier que l’activité maritime dans chaque port du Maroc possède sa propre mise en scène. La pêche est une activité majeure qui tire ses codes et ses pratiques d’une culture transmise de génération en génération. La capture de poisson et sa commercialisation est en majorité accomplie de manière artisanale voir rituelle.

Certes le traditionnel marché de poisson est régi par rapports humains ambigus, le mode de fonctionnement ou d’organisation est géré de manière  « spontanée » : les espaces d’étalage et de vente empiètent sur les circulations, les conditions d’hygiène sont médiocres,… pourtant, dans un brouhaha des plus colorés, les transactions de marchandage se font dans une ambiance et de convivialité : Les acheteurs déambulent, approchent le poisson pour le toucher, le humer ou s’assurer de sa fraîcheur, ils accompagnent leurs enfants pour les initier, et prendront le temps d’ s’attarder tout en savourant le plaisir d’être au marché de bon matin….

Une halle à l’image de celle de Nador risque de dérouter les gens, d’aseptiser leurs plaisirs comme elle risque de porter un coup fatal à tous les petits métiers qui subsistent depuis des siècles autour de l‘activité de ces marchés au poisson.